La réforme maudite des études de médecine : l'interminable casse-tête français

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Le vendredi 17 avril 2026, à l'Université Paris Cité, le gouvernement a officiellement acté la mort des parcours PASS et LAS. Moins de six ans après leur mise en œuvre chaotique, ces deux voies d'accès aux études de santé s'effacent devant une nouvelle « voie unique » nationale promise pour la rentrée de septembre 2027. Cette annonce fait suite à un rapport cinglant de la Cour des comptes dénonçant un système opaque et injuste, générateur d'une immense détresse psychologique chez les étudiants. Face aux critiques des syndicats et à la prudence des doyens de facultés, l'exécutif tente une énième fois de stabiliser un cursus médical devenu le laboratoire permanent des réformes manquées.

Les chiffres d'un séisme universitaire

13 000
Étudiants interrogés par la FAGE révélant l'échec du PASS/LAS
2027
Année d'application de la nouvelle voie unique nationale
3
Blocs pédagogiques de la licence unique de santé

Le naufrage du système PASS/LAS : autopsie d'un échec

Le gâchis humain et pédagogique

En décembre 2024, la Cour des comptes publiait un rapport accablant sur la réforme de 2020. Les magistrats de la rue Cambon y décrivaient un dispositif d'une complexité décourageante, incapable d'améliorer la réussite étudiante ou de diversifier l'origine sociale des futurs médecins. Au lieu de supprimer l'esprit de concours, le PASS et la LAS ont exacerbé la compétition. Le lissage des notes entre les différentes licences a créé des injustices mathématiques flagrantes, écartant d'excellents profils scientifiques au profit de critères obscurs. La détresse psychologique est devenue la norme chez ces jeunes adultes confrontés à un stress permanent.

Une orientation devenue incompréhensible

Pour les familles, l'accès aux filières MMOPK (Médecine, Maïeutique, Odontologie, Pharmacie, Kinésithérapie) s'est transformé en une loterie administrative indéchiffrable. Choisir entre le Parcours Accès Spécifique Santé (PASS) et la Licence Accès Santé (LAS) relevait de la stratégie militaire. Les lycéens devaient anticiper des coefficients variables d'une université à l'autre, tout en gérant une charge de travail dédoublée par la présence d'une mineure obligatoire. Cette absence de lisibilité nationale a fini par fragiliser le parcours d'accès aux soins, dans un pays déjà durement touché par la désertification médicale.

De la PACES à la voie unique : quinze ans de tâtonnements

2010

Création de la PACES (Première Année Commune aux Études de Santé). Elle remplace le PCEM1 mais conserve un numerus clausus extrêmement rigide et un concours couperet en fin d'année. Le taux d'échec oscille autour de 80 %, ce qui a entraîné un sentiment de gâchis pour des milliers de recalés.

2020

Lancement de la réforme issue de la loi 'Ma Santé 2022'. Le numerus clausus est supprimé au profit du 'numerus apertus' fixé par les universités. Naissance des parcours PASS et LAS, censés offrir une seconde chance et diversifier les profils. L'interdiction de redoubler en PASS suscite une colère immédiate.

Avril 2026

Face à la fronde des étudiants et aux alertes répétées du Sénat, les ministres Philippe Baptiste et Stéphanie Rist officialisent l'abandon du PASS/LAS. Le gouvernement annonce la mise en place d'une voie unique nationale d'accès pour la rentrée 2027.

Comparatif des régimes d'accès aux études de santé

Cursus d'accès Modalités de sélection Régime du redoublement
PACES (Avant 2020) Concours unique basé sur un numerus clausus strict Redoublement autorisé
PASS / LAS (2020-2027) Double voie complexe, lissage des notes et oraux d'admission Interdit en PASS, autorisé en LAS
Voie Unique (Dès 2027) Trois blocs nationaux (Santé, Disciplinaire, Transversal) Autorisé (sans chance de candidature supplémentaire)

Les doyens de médecine face à la précipitation gouvernementale

La méthode employée par l'exécutif pour imposer cette nouvelle copie suscite de vives tensions au sein du monde académique. La présidente de la Conférence des doyennes et doyens de médecine, la professeure Isabelle Laffont, a publiquement qualifié d'irréaliste le calendrier proposé. Elle plaide ouvertement pour un report de la réforme à la rentrée 2028. Les doyens redoutent qu'une transition précipitée ne reproduise le chaos organisationnel observé lors du passage au PASS/LAS en 2020, où les maquettes pédagogiques avaient été bricolées dans l'urgence.

Le mécontentement ne date pas d'hier. En novembre 2025, la Conférence des doyens avait suspendu sa participation aux groupes de travail ministériels, car elle jugeait l'approche trop directive. Si le dialogue a repris, l'inquiétude demeure quant à la capacité des universités à concevoir et à valider de nouveaux programmes d'ici à l'été 2027. L'Académie nationale de médecine partage cette prudence, insistant sur la nécessité de préserver la rigueur scientifique indispensable à la formation des futurs praticiens. Un changement de cap mal maîtrisé risquerait d'affaiblir l'attractivité des carrières médicales, à l'heure où les hôpitaux publics font face à une pénurie historique de personnel.

Les contours de la « voie unique » de 2027

Pour pacifier le terrain, le ministère propose une architecture restructurée autour de soixante crédits ECTS nationaux. Ce parcours unique s'articulera autour de trois piliers bien distincts pour tenter d'équilibrer les compétences.

Le premier pilier est le bloc « santé ». Il regroupera les connaissances scientifiques fondamentales indispensables aux cinq filières MMOPK. Le gouvernement promet un programme allégé et recentré sur les fondamentaux pour éviter le bachotage stérile qui caractérisait la PACES.

Le deuxième pilier sera le bloc « disciplinaire ». Il permettra aux étudiants d'acquérir des compétences dans une autre discipline universitaire, comme le droit, la biologie, les sciences humaines ou les soins infirmiers. Ce bloc garantira une passerelle de réorientation vers une licence classique en cas d'échec aux épreuves de santé, ce qui évite de perdre une année d'études.

Le troisième pilier, novateur, est le bloc « transversal ». Dédié aux sciences humaines, à l'éthique médicale, au droit de la santé et aux compétences psychosociales, il vise à former des médecins plus proches des patients. Les épreuves orales d'admission, très critiquées pour leur subjectivité, seront supprimées dans leur forme actuelle au profit d'un classement basé sur la régularité du parcours académique global. Ce système à deux chances permettra de candidater en L1 ou en L2.

Cette réorganisation suffira-t-elle à régler le problème ? Le numerus apertus reste en vigueur. Le nombre de places disponibles en deuxième année dépendra toujours des capacités d'accueil des facultés et des besoins financiers définis par l'État. La sélection demeurera féroce et déplacera simplement le filtre sans en réduire la dureté.

L'exode vers l'Europe : le plan B des étudiants français

Face à cette instabilité chronique, de nombreux bacheliers refusent d'essuyer les plâtres des réformes successives. L'exode des étudiants français vers d'autres pays européens s'accélère. Des pays comme le Portugal, la Roumanie, l'Espagne ou la Belgique proposent des cursus de médecine ou de kinésithérapie très structurés, souvent accessibles sur dossier et entretien, sans le couperet d'une sélection nationale aléatoire.

Ces formations, conformes aux normes européennes, permettent d'obtenir des diplômes automatiquement reconnus en France grâce au système de crédits ECTS. Des organismes spécialisés accompagnent désormais des milliers de candidats chaque année pour s'inscrire dans ces universités partenaires. Pour ces jeunes, l'expatriation représente un choix de raison face à l'angoisse d'un système français perçu comme punitif et imprévisible. Cet exode prive la France de profils brillants qui choisissent de se former à l'étranger. Une fuite des talents qui illustre de manière cinglante les limites de notre modèle de sélection.

La réforme de 2027 parviendra-t-elle à stabiliser un système à bout de souffle ? En voulant sans cesse corriger les défauts de la copie précédente, les gouvernements successifs ont créé une instabilité préjudiciable aux étudiants et aux équipes pédagogiques. La suppression du numerus clausus n'a pas résolu la pénurie de soignants, faute de moyens financiers et d'infrastructures d'accueil dans les universités. Tant que l'État refusera d'investir massivement dans les capacités de formation des facultés de médecine, la sélection restera un entonnoir impitoyable, quelle que soit la formule administrative retenue pour l'habiller. Les futurs bacheliers devront une fois de plus s'adapter à des règles du jeu changeantes, en espérant que cette nouvelle tentative soit enfin la bonne.

Attention au calendrier de transition Les étudiants qui entrent dans l'enseignement supérieur à la rentrée de septembre 2026 ne sont pas concernés par cette refonte. Ils suivront le système PASS/LAS actuel, tandis que la première promotion de la voie unique fera sa rentrée en septembre 2027.
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FAQ – Vos questions fréquentes

Pourquoi le gouvernement supprime-t-il le système PASS/LAS ?

Le système PASS/LAS, instauré en 2020, s'est révélé trop complexe et inéquitable. La Cour des comptes a dénoncé un gâchis humain, marqué par le sacrifice d'excellents élèves en raison du lissage des notes entre différentes licences. La réforme de 2027 vise à simplifier l'accès avec une voie unique et nationale.

Quelles sont les matières enseignées dans la nouvelle voie unique de 2027 ?

La première année s'organisera autour de trois blocs d'enseignement distincts. Un bloc santé dédié aux connaissances scientifiques fondamentales, un bloc disciplinaire correspondant à une autre matière universitaire pour faciliter les réorientations, et un bloc transversal axé sur les compétences humaines et l'éthique.

Le redoublement sera-t-il possible dans la nouvelle réforme ?

Oui, le redoublement redevient possible dans le cadre de la nouvelle première année. Cependant, les étudiants ne disposeront pas d'une chance supplémentaire de candidater aux filières de santé lors de cette année de redoublement. Ils pourront candidater deux fois au total sur l'ensemble de leur parcours de licence.

Quand cette nouvelle réforme entrera-t-elle en vigueur ?

La mise en œuvre de la voie unique d'accès aux études de santé est officiellement programmée pour la rentrée de septembre 2027. Les élèves actuellement en classe de première durant l'année scolaire 2025-2026 formeront la toute première promotion concernée par ce nouveau dispositif.

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