Haïti : les gangs étendent leur emprise jusque dans les camps de déplacés

Camps de déplacés en Haïti sous la menace des gangs
Le 14 novembre 2024, un rapport conjoint de l'ONU et de l'OIM a révélé une escalade inédite : les gangs armés qui contrôlent 80 % de Port-au-Prince s'attaquent désormais directement aux sites de déplacés. Plus de 700 000 personnes ont fui leur domicile, dont 71 % vivent dans des conditions précaires dans la région métropolitaine. La violence sexuelle, les recrutements forcés et les déplacements secondaires explosent, plongeant le pays dans une crise humanitaire sans précédent.

Chiffres clés de la crise

703 000+
Déplacés internes en Haïti (nov. 2024)
80 %
de Port-au-Prince sous contrôle des gangs
674 M$
Appel humanitaire de l'ONU pour 2024 (financé à 35 %)

L'offensive des gangs dans les camps

Incursions armées et violences sexuelles

Depuis septembre 2024, les gangs ciblent systématiquement les camps de déplacés de Port-au-Prince, notamment à Carrefour-Feuilles et Delmas 24. Selon l'OIM, 78 % des femmes déplacées interrogées ont subi des violences sexuelles. Les hommes sont recrutés de force, les enfants enrôlés comme espions ou porteurs.

Déplacements secondaires et zones de non-retour

Près de 40 % des déplacés ont été contraints de fuir une seconde fois après une attaque de gang dans leur camp. Les zones dites « sûres » comme le stade Sylvio Cator ou les écoles réquisitionnées sont devenues des cibles. « Nous avons fui une première fois, mais les gangs nous ont retrouvés », témoigne une mère de trois enfants dans un rapport de l'UNICEF du 10 novembre 2024.

Chronologie d'une escalade

29 fév. 2024

Coordination des gangs armés (G9 et G-Pèp) pour attaquer simultanément les commissariats et l'aéroport de Port-au-Prince. Le Premier ministre Ariel Henry démissionne le 11 mars.

1er sept. 2024

L'ONU rapporte que 80 % de la capitale est sous contrôle des gangs. Les déplacés internes passent de 362 000 en mars à 703 000 en novembre.

15 oct. 2024

Le Conseil de sécurité de l'ONU autorise le déploiement de la Mission multinationale d'appui à la sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya. Seuls 400 policiers kényans sont déployés sur les 2 500 prévus.

14 nov. 2024

Publication du rapport conjoint OIM-UNFPA : 78 % des femmes déplacées victimes de violences sexuelles. Les gangs recrutent des enfants dans les camps.

Répartition des déplacés par département (nov. 2024)

DépartementNombre de déplacés% de la population déplacée
Ouest (dont Port-au-Prince)580 00082 %
Artibonite85 00012 %
Sud25 0003,5 %
Autres13 0001,5 %
Violation massive du droit humanitaire Les attaques contre les camps de déplacés constituent des crimes de guerre selon le Statut de Rome. Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) a documenté 4 451 meurtres entre janvier et septembre 2024.

Analyse : l'impasse sécuritaire et humanitaire

Les gangs haïtiens, armés via un trafic d'armes en provenance des États-Unis (selon un rapport du GAO de juin 2024), ont transformé les camps de déplacés en réservoirs de main-d'œuvre et de victimes. L'absence de force de police efficace (seulement 9 000 policiers pour 11 millions d'habitants) et le déploiement timide de la MMAS laissent les civils sans protection. « Les gangs ne sont plus seulement des criminels, ils sont une autorité parallèle qui administre la terreur », analyse le chercheur haïtien Louis Édouard Augustin dans un entretien au journal Le Nouvelliste du 5 novembre 2024.

« Nous sommes pris en étau entre les balles des gangs et la faim. Personne ne vient nous aider. » — Témoignage d'une déplacée du camp de Carrefour-Feuilles, recueilli par Médecins Sans Frontières le 12 novembre 2024.
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FAQ – Vos questions fréquentes

Pourquoi les gangs attaquent-ils les camps de déplacés ?

Les gangs cherchent à étendre leur contrôle territorial, à recruter de force des jeunes et à exploiter les ressources des camps (eau, nourriture, médicaments). Les attaques visent aussi à dissuader les déplacés de retourner dans leurs quartiers, consolidant ainsi leur emprise.

Quelle est la réponse de la communauté internationale ?

L'ONU a lancé un appel humanitaire de 674 millions de dollars pour 2024, mais seulement 35 % sont financés. La MMAS (Mission multinationale d'appui à la sécurité) déploie progressivement des policiers kényans, mais le manque d'effectifs et d'équipement limite son efficacité. Les États-Unis ont imposé des sanctions contre des chefs de gangs, mais le trafic d'armes persiste.

Les enfants sont-ils particulièrement vulnérables ?

Oui. L'UNICEF rapporte que 30 % des déplacés sont des enfants. Ils sont exposés aux violences, au recrutement forcé et à la malnutrition. Plus de 200 écoles ont été fermées ou réquisitionnées comme abris, privant 300 000 enfants d'éducation.

Quels sont les principaux gangs impliqués ?

Le G9 (dirigé par Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », sous sanctions américaines) et le G-Pèp (alliance rivale) contrôlent la majorité des zones de Port-au-Prince. Le gang « 400 Mawozo » et « Kraze Baryè » sont également actifs dans les attaques contre les camps.

Sources & References :
• UN News – Haïti : les gangs étendent leur emprise jusque dans les camps de déplacés
OIM – Haïti : le nombre de personnes déplacées internes dépasse les 700 000
UNICEF – Haïti : les enfants déplacés par la violence ont besoin de protection
GAO – Trafficking of Firearms to Haiti (juin 2024)
• Le Figaro – Haïti : le Kenya déploie 400 policiers (15 oct. 2024)

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À Propos de l'Auteur

Randy
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