Une version précédente de cet article décrivait la remise du pouvoir au Premier ministre Garry Conille en juin 2024 et la composition de son gouvernement, au présent. C'était une erreur : Garry Conille a été révoqué en novembre 2024, et le transfert de pouvoir dont il est question ici est celui du 7 février 2026, au profit d'Alix Didier Fils-Aimé. L'article a été entièrement revérifié et réécrit à partir de sources datées.
Fin du CPT : ce qui a changé le 7 février 2026
Créé par décret le 12 avril 2024 après la démission d'Ariel Henry, le Conseil présidentiel de transition était un organe collégial de neuf membres chargé d'une mission précise : ramener le pays à des élections. Son mandat s'est achevé le samedi 7 février 2026. L'exécutif est depuis exercé par le seul Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, en fonction depuis novembre 2024.
Le changement n'est pas seulement institutionnel. Pendant vingt-deux mois, la direction du pays a été partagée entre neuf personnalités issues de partis rivaux, une architecture qui a produit autant de blocages que de décisions. Fils-Aimé se retrouve désormais seul aux commandes — et seul comptable du calendrier électoral, face à une classe politique profondément divisée.
Le contexte de cette transition mérite d'être rappelé sans détour : Haïti n'a plus organisé d'élections depuis 2016 et n'a plus de président depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021.
Le calendrier électoral publié le 23 juillet 2026
Le Conseil électoral provisoire a rendu public son calendrier 2026-2027 le mercredi 23 juillet 2026. Il prévoit deux rendez-vous nationaux.
Période d'inscription des candidatures.
Publication des listes électorales.
Premier tour de la présidentielle, élections législatives et référendum de ratification de la nouvelle Constitution, le tout le même jour.
Affichage des résultats préliminaires.
Second tour et élections territoriales.
Proclamation du nom du nouveau président et des membres de l'Assemblée et du Sénat.
Un point de ce calendrier a été immédiatement relevé par les observateurs : le second tour du 21 février 2027 se situe après le 7 février 2027, date qui marque l'échéance constitutionnelle traditionnelle de passation du pouvoir. Le futur président ne sera donc pas investi dans les délais habituels, ce qui laisse une zone d'incertitude institutionnelle de plusieurs semaines.
Deux conditions, posées par le CEP lui-même
Le Conseil électoral ne présente pas ces dates comme acquises. Il conditionne explicitement leur respect à deux facteurs, et c'est la partie la plus importante du document.
Sans amélioration de la sécurité, il n'est pas possible d'ouvrir des bureaux de vote, d'acheminer le matériel ni de protéger les électeurs. C'est la condition la plus incertaine.
Les opérations électorales doivent être financées jusqu'à leur terme. Un arrêt de financement en cours de route décalerait mécaniquement l'ensemble des étapes.
L'Observatoire international pour la démocratie et la gouvernance, qui a salué la publication du calendrier le 27 juillet, l'a formulé sobrement : la publication d'un calendrier ne saurait à elle seule garantir la réussite du processus.
Dans quel pays ces élections se tiendraient
Les chiffres qui suivent ne sont pas un décor : ce sont les conditions matérielles dans lesquelles il faudrait faire voter des millions de personnes.
Le besoin d'aide humanitaire concerne désormais plus de la moitié de la population et progresse de 6,7 % par rapport à 2025. Sur la période de septembre 2025 à février 2026, 51 % des Haïtiens se trouvaient en insécurité alimentaire aiguë.
Deux évolutions méritent une attention particulière pour la faisabilité du scrutin. D'abord, à Port-au-Prince, environ 85 % du territoire échappe au contrôle de l'État, certaines estimations plus récentes dépassant 90 %. Ensuite, et c'est le point le moins commenté, la violence n'est plus un phénomène de la capitale : 69 % des déplacements enregistrés entre janvier et septembre 2025 ont eu lieu en province, principalement dans le Centre et l'Artibonite. Les déplacements liés aux groupes armés ont doublé en un an.
Organiser un premier tour dans ces conditions suppose d'inscrire, de localiser et de faire voter une population dont une personne sur huit n'habite plus chez elle.
Ce qu'il faut surveiller d'ici décembre
- La fenêtre du 20 août au 2 octobre. Le nombre et le profil des candidatures déposées diront si les partis croient réellement à la tenue du scrutin. Un dépôt massif serait le premier signal concret.
- La publication des listes électorales le 13 novembre. C'est là qu'on saura si le CEP a pu recenser les déplacés internes — la question technique qui décidera de la crédibilité du vote.
- Le contenu du projet constitutionnel. Le référendum se tient le même jour que le premier tour. Voter pour un président et pour un cadre constitutionnel simultanément est inhabituel, et le texte soumis mérite d'être lu avant décembre.
- Le financement annoncé. Le CEP en fait une condition ; les engagements des bailleurs, et surtout leur décaissement effectif, sont donc à suivre autant que les dates.
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Sources
- Conseil électoral provisoire — publication officielle du calendrier électoral 2026-2027, 23 juillet 2026.
- France 24 — « Le Conseil présidentiel de transition remet le pouvoir au Premier ministre Fils-Aimé », 7 février 2026.
- France Info La 1ère — « Le premier tour de la présidentielle et des législatives prévu le 13 décembre 2026 ».
- OCHA — Haïti, besoins humanitaires et plan de réponse 2026.
- HPN — « L'OIDG salue la publication du calendrier électoral », 27 juillet 2026.
Sources consultées le 30 juillet 2026.